Hommage à notre collègue Emile Decker ancien conservateur du musée de Sarreguemines

 Émile Decker, né à Algrange en Moselle, a fait ses études à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Nancy. Passionné d’archéologie, il s’intéresse plus particulièrement à la période néolithique et notamment à la culture rubanée. Après son stage de musée effectué au Musée de Metz, où il étudie les collections protohistoriques, il intègre le musée de Sarreguemines en 1978.
Dès lors et jusqu’à son départ en retraite en 2013, il se consacrera à la mise en valeur du musée et de ses collections. Il va alors se passionner pour les faïences de Sarreguemines, jusqu’au cœur des techniques qui ont permis leur notoriété. Il soutient en 2001 sa thèse de doctorat en histoire de l’art, intitulée : Sarreguemines au XIXe siècle : la faïencerie Utzschneider : 1790-1914 : contribution à une histoire des goûts et des styles au XIXe siècle.

Le musée, au centre-ville, ne permet pas une mise en valeur de l’histoire des techniques qui nécessite de l’espace. Aussi crée-t-il en 1998 le musée des techniques faïencières sur le site du moulin de la Blies auquel il offrira un écrin de verdure en 2009 : le jardin des faïenciers.

Émile n’oublie pas pour autant l’archéologie car il participe à plusieurs colloques (colloque interrégional sur le Néolithique de l’Est de la France à Châlons-sur-Marne en mars 1979,colloque de Sens en sept 1980, colloque sur le Néolithique à Compiègne en 1982, à Mulhouse en 1984). Il est avec Jean-Louis Coudrot, conservateur au musée de Metz, commissaire de l’exposition réalisée en 1986 par la section fédérée de l’AGCCPF, « La Lorraine d’avant l’Histoire, du Paléolithique Inférieur au Premier Âge du Fer » qui du Musée de Metz voyagera au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye, au Musée Historique Lorrain de Nancy, au Musée Barrois de Bar-le-Duc et au Musée municipal de Saint-Dié. Le colloque de l’Association Française pour l’Étude de l’Âge du Fer est l’occasion de présenter au musée une exposition : « L’Âge du Fer en Lorraine » en 1987. En 1989, il accueille « La Lorraine mérovingienne », puis en 1991, c’est la période gallo-romaine qui est à l’honneur avec deux expositions : « La Lorraine antique villes et villages », conçue par la section fédérée de l’AGCCPF et « Images de la mort, images de la vie, la nécropole gallo-romaine du Hérapel à partir des travaux de Roland Hoffmann. Huit ans plus tard, en 1999, le Hérapel et les recherches de Roland Hoffmann sont à nouveau à l’honneur avec une importante exposition : « Du Hérapel à Berlin, Heinrich Böcking et le destin d’une prestigieuse collection archéologique ».

Parallèlement, les expositions consacrées à la faïence se succèdent comme par exemple : « La Chine et le Japon dans les décors des faïences de Sarreguemines », en 1988. « Série blanche, la céramique, naissance d’une industrie au cœur de l’Europe », exposition d’intérêt national en 2007.

Émile Decker est le commissaire et l’un des principaux artisans d’une exposition prestigieuse « Faïences lorraines, chefs d’œuvres des XVIIIe et XIXe siècles », présentée au High Museum d’Atlanta en 1990 à l’initiative du conseil régional de Lorraine et comptant plus de 200 œuvres provenant des musées de Lorraine et d’Alsace.

Émile Decker a considérablement contribué à l’enrichissement des collections du musée de Sarreguemines avec l’acquisition d’œuvres remarquables mais aussi de pièces plus modestes qui permettaient ainsi de mieux appréhender les techniques faïencières.

Émile était en constante recherche de nouveaux projets qu’il avait à cœur de mener à bien. Ayant un sens inné des contacts humains et du respect de l’autre, il savait écouter. Ainsi, dans le cadre de projets collectifs, il était un formidable modérateur. Il aimait travailler avec ses collègues notamment dans le cadre de la section fédérée de l’AGCCPF, dans laquelle il a particulièrement œuvré. Il en a été le président en 2007-2008. Chaque année, il était présent à l’Assemblée générale de l’ICOM, à Paris. Il a d’ailleurs largement contribué durant toute sa carrière à faire évoluer le monde des musées et la fonction de conservateur. Voir sa bibliographie

Il ne se contentait pas de travailler dans sa sphère muséale et régionale, mais il avait tissé des liens avec la Grande Région (Lorraine, Allemagne, Luxembourg, Belgique), avec des amateurs d’art, des collectionneurs et des artistes. Homme d’une grande culture, il aimait s’évader par la lecture et la musique.